Vocabulaire du restaurateur d’art : La Retouche

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La Retouche ou Réintégration colorée

Lorsqu’une œuvre présente des lacunes ou trous …des opérations de réintégration sont nécessaires. La première opération consiste à combler les manques par un mastic pour mettre ces lacunes au même niveau que l’original avoisinant et la seconde opération est la pose de la couleur, autrement dit la réintégration colorée dans le jargon du métier de restaurateur.

Cette réintégration peut varier dans les techniques et dans l’aspect selon le restaurateur, l’institution ou l’âge de l’œuvre… On peut réaliser des salissures ou imiter les craquelures dans un souci de lisibilité de l’œuvre mais en tenant compte de son aspect historique c’est-à dire que l’œuvre en question doit conserver le passage du temps sur sa matière. Il est évident qu’un tableau du XVIIIe siècle ne doit pas apparaître comme neuf et « restauration/conservation » ne sont pas synonymes de « rénovation » Par ailleurs, il est important de signaler que les techniques utilisées doivent répondre aux chartes de déontologie de la profession à savoir la stabilité et la réversibilité. Donc adieu acryliques et peintures à l’huile ! 

La retouche illusionniste :

La retouche consiste à apporter une lisibilité lorsque les dégradations de la couche picturale ne le permettent plus. La méthode la plus fréquente est dite illusionniste. Elle est plus particulièrement adaptée aux œuvres dont l’état lacunaire n’est pas trop important ou pas trop anciennes ( à partir du XVIIIe siècle). Cette retouche doit faire illusion, et rechercher l’identité chromatique par rapport à l’original sans invention de la part du restaurateur et sans « déborder »sur la couche colorée originale. Cette technique doit être maîtrisée pour une parfaite intégration des zones lacunaires et ce, de loin comme de près, en conservant les maîtres mots de nos actions : respect de l’œuvre et de son créateur et lisibilité. Des notions qui représentent souvent les écueils de la profession car produire « une belle restauration » peut-être plus tentant « qu’une bonne conservation ».

 

Retouche tratteggio plage neutre
Maître P.N., L’Adoration des mages (détail), vers 1450-1460, Galerie Nationale de Budapest ; Ugolino di Nerio, Simon et Thaddée (partie d’un autel), vers 1324-1325, National Gallery Londres

La retouche fragmentaire ou visible : 

Quant aux retouches dites visibles, elles sont nées au lendemain de la deuxième guerre, de la nécessité de réintégrer des œuvres détruites comme les fresques de Mantegna à Padoue sans leurrer le spectateur sur l’étendue des dégâts. La première retouche visible a été mise au point par Cesare Brandi, historien de l’art et spécialiste de la restauration : le tratteggio. Cette retouche est constituée d’un réseau de traits verticaux de couleurs pures et juxtaposées sur un mastic blanc. La méthode se base sur le principe de décomposition des tons en couleurs pures et recomposition dans l’œil grâce à la persistance des images lumineuses sur la rétine. De près, l’étendue de la retouche est visible, de loin elle est parfaitement intégrée. Cette méthode convient bien aux œuvres peintes à « tempéra »ou œuvres primitives ( Du XIVe siècle au XVIe siècle). La retouche appelée « en teinte neutre » est également une technique visible. Il s’agit d’une retouche « archéologique » qui consiste à faire le choix d’un ton fréquemment utilisé dans l’œuvre ou le tableau de manière à faire « oublier » la zone lacunaire. La dernière retouche visible est la méthode pointilliste. Elle consiste en un ensemble de points de couleurs pures juxtaposées. Elle est souvent choisie pour les œuvres déjà marquées par cette technique comme les tableaux primitifs ou des tableaux plus récents comme certains pointillistes ou néo-impressionnistes. Technique étudiée par Chevreul et qui, si les points sont miniaturisés, s’apparente aux pixels de l’édition voire de la télévision.

En conclusion, quelle que soit la retouche choisie, son exécution dépend de l’ampleur des usures, des manques …car une œuvre récente peut recevoir un haut niveau de réintégration si celle-ci n’a pas subi de trop lourdes altérations mais une œuvre très ancienne ne doit pas être présentée au public comme si elle sortait de l’atelier …N’oublions pas que dans ce cas , il s’agit d’un « faux esthétique » !

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